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Portrait

Mercredi 5 septembre 3 05 /09 /Sep 21:14

La 17eme édition du Salon International du Livre d'Alger ouvrira ses portes le 20 septembre à la SAFEX. Sous le slogan " Le livre vecteur de libération ", cette nouvelle édition rendra hommage à deux écrivains Algériens, Mouloud Féraoun et Ahmed Rédha Houhou tombés, tous les deux sous les balles de l'occupant français. Le premier est auteur d'expression francophone et l'autre écrivain d'expression arabophone. Si Mouloud Féraoun est très connu du public lecteur de littérature, l'autre est plus connu des initiés de la littérature Algérienne d'expression arabophone. Et là encore ! Alors qui est Rédha Ahmed Houhou ?

Pour porter un éclairage sur cet homme de grande valeur, Le précis des Lettres vous propose cette biographie trouvée sur le net et écrite par le journaliste et intellectuel Ahmed Benzelikha :

 

Ahmed Rédha Houhou, père du roman algérien en langue arabe, écrivain à la verve satirique, pleinement engagé dans le combat pour l’émancipation de sa société et la liberté de son peuple, intellectuel bilingue, d’une formation singulière, tant à l’école de Jules Ferry, qu’à l’Ecole des sciences légales de Médine d’Ahmed Fayed Abadi.

 

Natif de Sidi Okba, il vit le jour en 1911 dans cette belle palmeraie où repose l’apôtre de l’Islam maghrébin, Okba Ibn Nafaâ, qui porta haut l’étendard de Dieu, jusqu’aux bords de l’Atlantique.

 

D’un milieu aisé, il eut une enfance heureuse et put poursuivre ses études jusqu’au certificat d’études qui lui ouvrit les portes de l’administration des postes.

 

Peut-être que Houhou, aurait pu mener la tranquille existence d’un employé des postes, dans une sous-préfecture coloniale. Mais il était écrit qu’un tournant allait donner à sa vie un tout autre sens.

 

En effet, sa famille décida de s’établir à… Médine. L’antique Yathrib fut, bien sûr, à la hauteur de sa prestigieuse hospitalité. C’est là où le jeune algérien eut à fréquenter l’Ecole des sciences légales de Médine, où il obtint les diplômes nécessaires pour y exercer les fonctions d’enseignant, aux côtés de noms illustres du charaâ et du fiqh.

 

Un tel apanage était rare pour un Maghrébin des années 1930 et n’en souligne que plus le mérite de Houhou. Houhou qui, démentant le stéréotype du « faqih » sombre et revêche qui, plus tard, fera florès, signe de nombreux articles dans la presse locale, à l’instar d’El Menhel ou Saout El Hidjaz, qu’il contribue à enrichir grâce à sa connaissance de la culture française.

 

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il poursuit l’aventure des mots en écrivant plusieurs nouvelles, renouvelant ainsi le genre narratif arabe. Il s’inscrit en cela comme l’un des précurseurs de la littérature romanesque arabe, affirmant ses idées novatrices dans un article critique demeuré célèbre, intitulé « La littérature arabe va-t-elle à l’extinction ? ».

 

Sa contribution et sa renommée furent telles, qu’on le surnomma « le pionnier du récit en Arabie », allant jusqu’à le faire figurer jusqu’à aujourd’hui comme écrivain saoudien, dans l’Encyclopédie de la littérature saoudienne.

 

Peut-être que Houhou aurait pu mener la confortable existence d’un « adib » saoudien bien établi et vivre longtemps entouré de soins et d’attention.Mais il était écrit, qu’Algérien, il ne pouvait que répondre à l’appel de celle-ci, au lendemain des massacres du 8 Mai 1945, Ahmed Rédha Houhou revient au pays et s’établit à Constantine.

 

Constantine, où l’Association des uléma, présidée par cette vive intelligence que fut El Ibrahimi, lui ouvrit naturellement ses portes. Comment pouvait-il en être autrement à la confluence de l’héritage de lutte pour l’émancipation sociale et le renouveau religieux, laissés en legs par Ibn Badis ? Ahmed Rédha Houhou sera enseignant, administrateur et militant infatigable de la cause algérienne, de la cause du peuple et de celle de la femme, dont il n’aura de cesse de dénoncer la double oppression coloniale et sociale.

 

Faut-il rappeler ce Constantine des années 1940 ? Creuset du mouvement national aux repères désormais marqués, s’inscrivant dans un espace communautaire, celui de la cité, dans un axe temporel, celui du progrès dans une idéologie nationaliste et dans une rupture, celle de la violence du 8 Mai 1945.

 

Sitôt retourné au pays, Houhou s’illustre, en aîné des Benhadouga et Ouettar, en publiant le premier roman algérien en langue arabe Ghadat de la Mère des cités , en 1947. Adepte de la forme théâtrale, dont le succès et la portée dans la société algérienne d’alors ne lui échappe point, il fonde en 1949, la troupe théâtrale El Mazher constantinois avec laquelle il montera plusieurs pièces démontrant son talent de dramaturge proche de son peuple.

 

D’un engagement passionné, il signe article sur article dans l’organe de l’Association des uléma El Baçair, dans sa deuxième collection. Si l’écriture romanesque de Houhou se limita à une seule tentative, il n’en fut pas de même pour son genre de prédilection, qu’est la nouvelle, qu’il cultivera avec une verve insatiable au ton railleur, s’inspirant de l’esprit satirique du terroir de cet éternel Djeha, caricaturant, grossissant le trait, dénonçant, s’esclaffant des travers tant du colonialisme que de sa propre société.

 

Avec L’Ane d’El Hakim, faisant pendant à l’œuvre novatrice de Tewfik El Hakim au Moyen-Orient en 1953, L’Inspirée en 1954 et Portraits humains en 1955, il signe en un court laps de temps, l’essentiel d’une œuvre qu’il laissera à la postérité.

 

Il est certain que Houhou aurait pu vivre et écrire, parmi sa fratrie, des plus belles pages de la littérature.

 

Mais que connaît la bêtise coloniale de la fraternité, de la beauté, des mots et de la liberté ?

 

Comme, plus tard, son frère Mouloud Feraoun, il fut enlevé, traîné, supplicié, fusillé séance tenante, sans autre forme de procès, ce 29 mars 1956.

 

Ses lunettes maculées de sang rouge tombèrent sur cette belle terre d’Algérie.

 

Il existe à Constantine un lycée qu’on nommait d’Aumale, où Ferdinand Braudel, l’historien de la Méditerranée, enseigna et où le Maréchal Juin, le vainqueur du fascisme, étudia.

 

Ce lycée, par-dessus l’abîme, s’appelle aujourd’hui Ahmed Rédha Houhou. Sur son fronton, flotte un drapeau vert et blanc, frappé de rouge.

 

Article de : Ahmed BENZELIKHA

Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Lundi 12 mars 1 12 /03 /Mars 10:04

Fadéla M’rabet est née à Skikda en 1936. Elle est élevée dans un milieu oulémiste, son père étant un proche ami de Ben Badis. Ce père, cultivé et éclairé, l’envoie en 1954 faire des études supérieures de sciences à Strasbourg. A Skikda, le père de Fadéla est le premier à envoyer ses filles à l’école. Docteur en biologie, Fadéla M’rabet a été maître de conférences et praticienne des hôpitaux à Broussais - Hôtel-Dieu (Paris).

Elle a publié deux livres retentissants La Femme algérienne (Maspéro, 1965) et Les Algériennes (Maspéro, 1967), alors qu’elle animait des émissions à la Chaîne III de la radio avec son mari Maurice Tarik Maschino de 1963 à 1967.

Elle publie aussiL’Algérie des illusions, en collaboration avec Maurice Tarik Maschino (R. Laffont, 1972) ; Une enfance singulière... en Algérie (éditions Balland, 2003, réédition ANEP) et Une femme d’ici et d’ailleurs.

Quand elle donne des conférences, il arrive que des femmes, mais aussi des hommes, viennent l’écouter avec à la main La Femme algérienne qu’elle a écrit en 1965 ou Les Algériennes (1967).

Fadéla M’rabet est une féministe de première heure. « Ma génération s’est battue pour la dignité, que ce soit en Algérie ou en France (...) A travers une émission de radio, j’ai tenté de donner la parole aux jeunes filles qui vivaient dans des conditions lamentables. Elles étaient soumises au mariage forcé. Leurs parents n’avaient jamais imaginé que leurs filles allaient mettre fin à leur vie. (...) Ceci a vraiment gêné le gouvernement de l’époque à tel point qu’on bloquait le courrier qui nous était adressé. J’ai même été convoquée par le ministre de l’Information de l’époque et il m’avait dit que j’étais trop impatiente et qu’il était prêt à sacrifier les femmes pour sauver la révolution », écrit Fadéla M’rabet dans Une Enfance singulière... en Algérie (éditions Balland, 2003).

Elle écrit aussi : « J’ai l’impression que depuis ma naissance, il y a 69 ans, je ne cesse d’entendre parler de la même chose, le voile, la polygamie, la répudiation (...) Le tutorat qu’on veut absolument conserver relève à mon sens du proxénétisme quand il concerne la femme majeure. »

Et d’ajouter dans le même livre autobiographique : « Il faut vraiment que les hommes nous méprisent pour inscrire notre nom dans une case du livret de famille avec, en attente d’être occupées, trois autres cases - comme autant de niches à lapines. Ou encore, pour décider du mari qui nous convient. »

Lynchage médiatique

Fadéla M’rabet a écrit La Femme algérienne (1965) et Les Algériennes (1967) à la suite des émissions qu’elle animait à la radio Chaîne III avec son mari, Maurice Tarik Maschino, militant de l’indépendance de l’Algérie.

Ils avaient trois émissions : « Cinq minutes d’histoire de l’Afrique », « Le magazine de la jeunesse » où les jeunes parlaient de leurs problèmes et une émission littéraire qui s’appelait « Des livres et des hommes ». Elle nous raconte : « Au bout d’un certain temps, surtout avec "le magazine de la jeunesse", on recevait beaucoup de lettres de filles qui m’appelaient à leur secours parce qu’on voulait les retirer de l’école pour les voiler et les marier. Des filles qui pensaient qu’il n’y avait pas d’autre échappatoire que le suicide. Il y avait beaucoup de suicides, alors que, jusque-là, ils étaient rares. L’indépendance avait fait espérer à ces jeunes filles qu’elles n’allaient pas continuer à vivre comme leur mère. Nos émissions avaient une audience considérable. Des journalistes étrangers en rendaient compte. Des médecins nous appelaient au chevet de celles qui rataient leur suicide et je me souviendrai toujours de cette fille qui était exsangue dans son lit, à l’hôpital, et son père qui ne cessait de lui répéter : "Ma fille tu nous as déshonorés". Devant cette accumulation de drames, je me serais sentie coupable de non-assistance à personnes en danger. Cela a été pour moi l’expression d’un cri pour venir au secours à toutes ces filles auxquelles on gâchait la vie, qu’on empêchait de vivre. »

A la sortie de ces deux livres, notamment le second, Fadéla M’rabet est l’objet d’un lynchage médiatique. Elle se rappelle : « On disait que j’incitais à la débauche, alors que je soutenais qu’on doit se libérer par la culture, par le travail, par l’instruction. »

Fadéla M’rabet est radiée en 1967 de son poste d’enseignante au lycée de garçons El Idrissi, elle a été ensuite réintégrée au lycée Frantz Fanon. Tarik, son mari, et elle n’avaient plus d’émission à la radio, ils ne pouvaient plus faire de reportages dans les journaux.« On ne pouvait plus s’exprimer. On voulait nous imposer une espèce de mort de la pensée. » Ils partent alors en France.

Pendant dix ans, Fadéla M’rabet n’est pas retournée en Algérie, n’ayant pu renouveler son passeport. En septembre 2003, elle a été invitée officiellement au Salon du livre d’Alger par la ministre de la Culture, Khalida Toumi. « J’ai été interviewée par la presse, la télévision, la radio. Cela fait plaisir d’être reconnue par les siens. »

« Un jour, nous serons libres »

Fadéla M’rabet s’insurge contre ce qu’on appelle les « valeurs arabo-islamiques » « sans jamais nous les définir ». « Est-ce que c’est une valeur de jeter une femme sur le trottoir ? Est-ce que c’est une valeur de spolier une femme de la moitié de l’héritage ? Est-ce une valeur la polygamie ? Est-ce une valeur de bafouer sans cesse la dignité de la femme ? », se demande-t-elle.

« Les valeurs arabo-islamiques, telles qu’elles m’ont été transmises, véhiculaient un art de vivre qui avait pour fondement l’humanité. Ce qui m’a été enseigné, ce ne sont pas des règles à respecter aveuglément, mais une façon de réagir en mon âme et conscience, seule, sans intermédiaire. »

Dans Une femme d’ici et d’ailleurs. La liberté est son pays, qui est sorti le 4 mars 2005 aux éditions de l’Aube, Fadéla M’rabet relève que « s’interroger, penser par soi-même, critiquer, c’est se mettre au ban de la société. S’exclure ... Chercher à être soi-même en se fondant sur son propre jugement peut conduire, en effet, à une autre conception du monde. Une conception moderne, scientifique, laïque. Qui distingue absolument le religieux du politique. Et ne conçoit pas que le religieux régisse, dans ses moindres détails, de la naissance à la mort, du lever du jour au coucher du soleil, la vie sociale, comme la vie privée. « Conception » diabolique, pour la plupart. Voilà pourquoi cette société figée empêche, ou tente d’empêcher, toute conscience singulière de se manifester, privilégie la tradition, et contraint chacun à l’observance la plus stricte de la loi : celle des ancêtres ».

« Un magnifique exemple de réalisation personnelle »

Sa grand-mère est le personnage central de son livre Une Enfance singulière.

Elle écrit : « Djedda m’insuffla le courage de me libérer. Veuve très jeune, elle n’a jamais voulu donner de beau-père à ses enfants. Du moins, c’est ce qu’elle disait. En tout cas, il nous était impossible d’imaginer cette force de la nature encombrée d’un mari. A ses côtés, il n’aurait été qu’un adversaire ou un nain. » (...) « Elle m’a donné un magnifique exemple de réalisation personnelle par l’activité sociale qui fut la sienne - la plus respectée de son époque : faire venir au monde des enfants. Non pas biologiquement, ce qui est à la portée de toute femme, mais par un savoir et un savoir-faire qui faisaient d’elle une grande prêtresse, une déesse de la maternité et de la vie. (...) Et moi qui ai vécu dans le milieu médical hiérarchisé, je peux dire que Djedda a eu plus de prestige qu’un mandarin de la faculté de médecine de Paris, parce que son travail était au service de la communauté, il était gratuit et désintéressé. » ... « C’est certainement la liberté d’esprit de Djedda qui m’a également permis d’assimiler deux cultures sans déchirements : je ne me suis jamais sentie écartelée entre deux mondes. » « Toute culture authentique est universelle. »

Elle nous raconte comment l’idée de ce livre lui est venue. En 1989, elle reçoit une invitation de féministes américaines qui voulaient l’inviter à un congrès international à Montréal et elles lui ont demandé de leur faire un exposé sur Simone de Beauvoir et le féminisme français. « J’ai répondu que malgré toute l’admiration que j’avais pour elle, Simone de Beauvoir n’était pas mon modèle féministe. J’ai proposé Djedda ma mémoire. Elles ont accepté. » Cette communication a débouché sur le livre Une enfance singulière... en Algérie.

« Il n’y a pas de modèle préétabli »

Lorsqu’à la faveur d’un débat, des jeunes filles beurs lui demandent si elles doivent se comporter comme des Françaises ou comme des Algériennes, elle leur répond : « Vous devez vous comporter en votre âme et conscience, sans conformisme, partout. » « Parce que toute personne est singulière et enrichira ainsi son pays et toute l’humanité », nous dit-elle. « Il n’y a pas de prototype, de modèle préétabli. Et ces filles quand je leur disais cela, j’avais l’impression qu’elles étaient soulagées parce qu’enfin quelqu’un ne les met pas dans un carcan. En Algérie, c’est pareil. »

L’espoir

La situation actuelle de l’Algérie, elle l’évoque avec nous en reprenant cette scène décrite par l’écrivain Anouar Abdelmalek qui raconte dans un de ses livres qu’un soir, dans une rue d’Alger, il aperçoit au loin une petite lumière, vers laquelle il se dirige. Il voit une petite fille en train de faire ses devoirs sur le trottoir à la lumière d’une lampe électrique à côté de sa mère. « Au Salon du livre à Alger, des journalistes m’ont demandé si je voyais un espoir. L’image de cette petite fille est à la fois d’une tristesse infinie, mais d’une extrême beauté parce que tant qu’il y aura une petite fille qui, contre vents et marées, contre les inondations, les tremblements de terre, continue à faire ses devoirs, l’espoir est permis. Cela veut dire que l’Algérie restera toujours debout. »

En 1965, - le propos n’a pas pris une ride depuis tant il reste d’actualité - , Fadéla M’rabet écrivait en conclusion de La Femme algérienne : « Il en est de la libération des femmes comme de l’indépendance nationale : elle s’arrache. Les colonisés, les prolétaires qui se sont libérés ces dernières décennies, ne doivent qu’à eux-mêmes leur salut ; c’est grâce à leurs luttes que les femmes, ailleurs, ont conquis la plupart de leurs droits. »

In El Watan

Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Dimanche 2 octobre 7 02 /10 /Oct 09:09

Bachir Hadj Ali

Bachir Hadj Ali, poétique et politique, sous la direction de Naget Khadda, édition L'Harmattan (Collection Etudes Littéraires maghrébines , 1995, 91p. 66F50.

Dirigeant politique, poète, mélomane, Bachir Hadj-Ali est une figure marquante de cette génération d'intellectuels qui a forgé l'indépendance de l'Algérie. Il est aussi, avec Jean Sénac et Mohammed Dib, l'un des trois poètes algériens qui ont le plus marqué la génération de poètes qui s'est levée dans ce pays tragique, autour des années 70.

Au moment de sa mort, survenue le 9 mai 1991, sa biographie s'est étalée à longueur de colonnes dans la presse, rappelant sa formation, en grande partie d'autodidacte, son adhésion au parti communiste algérien et sa participation, aux postes de commande de ce parti, à la guerre de libération nationale, son arrestation au lendemain du coup d'Etat du 19 juin 1965, son

incarcération, les tortures subies, l'assignation à résidence, puis le retour à Alger, la reprise de ses activités et la lente et irréversible perte de la mémoire (séquelles des tortures?) jusqu'à la mort, à l'âge de 70 ans, dans un isolement autistique.

Poèmes choisis

Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Dimanche 4 septembre 7 04 /09 /Sep 10:17

nawfel Bouzeboudja Noufel est écrivain, poète et journaliste. Il a écrit son premier roman intitulé Espoirs Déchus à l'âge de 17 ans publié en France par Sefraber en 2008. En 2006, il publia en Algérie son premier recueil de poésie intitulé: Pensées Pensantes et un autre recueil: Algérie: Banquet des Nonchalances (Edilivre, France) en 2009. En 2011, il participa dans un ouvrage collectif au Danemark intitulé: Sønderho Havn, Antologi. Par ailleurs, il travailla comme enseignant d'anglais à l'université de Tizi Ouzou et aussi comme enseignant de français et d'arabe en Espagne. Il supervisa des ateliers d'écriture et de lecture et a participé dans plusieurs récitals et lectures collectives ou individuelles dans son pays et aussi en: France, Belgique, Espagne et Danemark. Il est depuis 2010 écrivain de l'organisation ICORN et depuis 2011 membre de l'Union des Ecrivains Danois. Il a écrit plusieurs articles dans plusieurs journaux et aussi fut le producteur et animateur d'une émission littéraire sur Radio Numydia basée aux USA. Polyglotte, Noufel écrit en kabyle, maghrébin, arabe, français et anglais.  Il vient de publier Du haut de nos potences chez Edilivre.

Portrait tiré du site Editlivre


Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Samedi 9 avril 6 09 /04 /Avr 21:48

Mouloud Féraoun est lié à son village natal, Tizi-Hibel, par une relation intime et féconde. Le village est  son point d’ancrage au sein de la société kabyle. Il est la source de son inspration et le creuset de son œuvre littéraire. Humble villageois parmi les siens, Féraoun  est  à la fois l’infatigable instituteur du bled, l’écrivain  au talent reconnu et l’intellectuel  témoin de son temps. 

 

Un enfant du village 

 

Féraoun est né à Tizi-hibel en 1913. Il appartient à la famille des Ath Chavanne dans le quartier (adrum) des Ath  Azouz au centre du village. Son nom, Féraoun, a été attribué à sa famille  par l’administration coloniale au moment de l’établissement de l’état civil en 1873. Mouloud est membre d’une famille nombreuse  avec un frère, trois  sœurs, des grands parents. C’est une  famille pauvre. Le  père a émigré en France en 1910. Il était parmi les premiers émigrés du village. Il a travaillé durant dix huit ans dans les mines du Nord à Lens et en Région Parisienne.

Féraoun  fréquente l’école française du village. Celle-ci a été installée en 1893. Il y entre à l’âge de 7 ans en 1920. Il  passe  le certificat d’étude à l’âge de 13 ans dans la classe de Monsieur M’Hiss un instituteur venu de Taourirt Mimoun.  Il est admis  en même temps que trois  autres garçons du village. Djallal Ali encore vivant, se souvient. Il a 95 ans. Il y avait aussi Choukrane Mebarek et Hadab Tahar tous deux  décédés.En 1926, ces élèves se présentent au concours de bourses d’études pour intégrer le cours complémentaire de Tizi-Ouzou. Féraoun et Djallal sont admis. Féraoun obtient une bourse

ecole années 1950 (md)

 complète parce que sa famille est pauvre.  Djallal une demi bourse. Son père possède deux bœufs  une vache et trois  moutons, il a les moyens.  Le père de Djallal  refuse de payer la part d’argent  manquante malgré l’insistance du fils et la pression de sa mère. Ali n’a pu poursuivre. Il en a toujours  voulu à son père. En 1932, Feraoun intègre l’école normale de Bouzaréa section indigène.  Il y avait 20 places pour 312 candidats et pour la section européenne 54 places pour 64 candidats. De l’avis de son ami Djallal Ali, Féraoun était un élève doué et travailleur. Il n’a jamais échoué à un examen. En 1935, il retourne au village auprès des siens. Il commence sa carrière d’instituteur. D’abord  à Taourirt Adnane en 1935, puis à Taboudrist non loin de Béni Douala de 1937 à 1945 et à Taourirt Moussa près de Tizi-Hibel en 1946. En 1952, il est nommé à la direction du cours complémentaire de la commune mixte de  Fort National ou le surprend le début de la guerre de libération. C’est dans une ville en pleine guerre, qu’en 1957, il se retrouve à Alger à la Direction de l’école Nadore du Clos Salembier.En 1960, il est nommé inspecteur pour l’enseignement agricole des centres sociaux éducatifs créés sous l’impulsion de Germaine Tillon en 1955.Le 15 mars 1962, un commando OAS est chargé de décapiter les centres sociaux. Il assassine six fonctionnaires parmi lesquels Mouloud Féraoun.  

 

 

 

 Féraoun au  milieu des siens 

 

 

Feraoun passe la plus grande partie de sa vie en Kabylie. Tout au long de sa carrière d’instituteur, il se sent  partout au milieu des siens, avec un attachement particulier et bien naturel pour son village Tizi-Hibel. C’est là que se forgent ses premiers repères et se structure son identité C’est là aussi que vivent ses parents, ses cousins, ses amis, en un mot tous ceux auxquels il est affectivement et culturellement attaché. Il  est  à cet égard, semblable aux autres villageois. Comme eux, il  se rend vers d’autres contrées, quittant le village pour  de longues périodes de travail puis y retourne  immanquablement, dès que possible,  retrouver les siens. Seul ou en famille il revient pour des visites, pour les vacances ou tout autre motif autant de fois que le temps ou les occasions  le permettent. N’est-il  pas au fond un migrant  lui aussi ? Le village est habitué à ses incessants va et viens. Feraoun les  évoque admirablement dans «  Jours de Kabylie ». « Je ne suis pas de ceux qui détestent leur village. J’ai pourtant bien des raisons de ne pas en être trop fier. Il sait que j’ai voyagé et vécu longtemps ailleurs, mais il s’est habitué à mes retours. Alors à force de toujours me perdre et sans cesse me retrouver, il ne fait plus attention  a moi. Il ne me crain

tizi-hibel (md)

t pas pour tout dire. Il me réserve chaque fois un accueil très simple avec son visage de tous les jours exactement comme il reçoit ceux de sas enfants qui l’ont quitté le matin et qui, le soir rentrent des champs. » Il poursuit s’adressant a son village « Y a-t-il meilleure preuve d’attachement filial que nos retours entêtés ? Tu doutes que nous tenions à toi ? Mettons que nous sommes liés à toi et toi à nous, solidement, et que nous ne pouvons nous renier ». En fait c’est  au village que Féraoun se sent  véritablement chez lui. C’est son lieu de repos, l’endroit où il vient « prendre un peut d’air sur la crête » et « respirer  sans penser à rien » écrit-il. Même aux plus durs moments de  la guerre, en juillet 1956, lorsque Tizi-Hibel est  le « centre du brasier » il  décide de se rendre  au village. « Je n’irai nulle part en vacances, nulle part ailleurs que là-bas. D’ici 15 jours, je seras avec les vieux, en plein maquis et le bon Dieu me protègera » écrit-il  à son éditeur Paul Flamand. Dans une lettre de septembre 1956 à son ami Emmanuel Roblès, il dresse une description de la terrible situation qu’il a trouvée au village  « Là-bas, j’ai pu fréquenter les djemas, discuter avec les gens, être repris par les miens. J’ai donc vécu un mois exactement la vie des miens et partagé leur couscous et leurs préoccupations… Oui on peut dire que la vie est encore possible là-bas à condition de se résigner à tout moment à en sortir…Devant le danger on s’est serré les coudes presque inconsciemment. On est là à attendre ce danger qui plane, qui sans doute s’abattra un jour, sous lequel on demeure impuissant, plein de rancune, mais dont l’imminence ne se discute plus…Tu comprendras aussi que si j’ai peut-être été  imprudent de m’aventurer dans le bled, c’était nécessaire pour ma gouverne et tout simplement parce que je suis bel et bien un gars  de Tizi-Hibel qui revendique sa place à Tizi-Hibel. » Au village, Féraoun vit comme tout le monde. Il s’y  marie et  fonde une famille nombreuse de sept enfants. Son métier le conduit non loin du village pendant 15 ans d’enseignement en Kabylie. Il  en reste très proche. A chacun de ses séjours  il prend naturellement  place au milieu des hommes à la Djema de Takats Idheballen ou s’adosse avec d’autres le long du mur devant  Agoudou  au grand air. Parfois encore il s’assied au café du village. Les anciens se rappellent qu’il avait toujours un livre à la main.  Féraoun jouit d’un grand respect  auprès des villageois. Il est apprécié pour sa gentillesse et sa simplicité d’homme attentif et à l’écoute des autres. Il est admiré pour son instruction, son savoir et le mérite d’avoir conquis le noble métier d’instituteur. « Aux yeux de la population, il(l’instituteur) représente le guide éclairé qui n’a rien de commun avec les autres fonctionnaires….L’instituteur du bled n’a pas à être un sceptique, il lui faut de l’assurance et de la foi. S’il se donne de l’importance, c’est qu’il en a bien au village. Il a toute celle d’un missionnaire. Voilà pourquoi on l’appelle cheikh. »  Après la disparition du père, Mouloud aidé de  son frère Idir s’occupe de gérer la famille. Il participe aussi, autant que possible, aux travaux  domestiques, à la vie du village et aux réunions  publiques. Le mercredi, comme le veut la tradition,  il se rend  au souk à Béni Douala pour rencontrer du monde et faire les commissions.Partout il  vit  simplement, modestement avec sa femme et ses enfants dans l’in

confort d’un habitat de fonction, constamment exposés  à diverses  maladies ou épidémies loin  de toute infrastructure de soins. Il  entretient des animaux, âne, chèvre puis vache, veau et volailles et pratique  les travaux de jardin pour compléter l’alimentation familiale.  « chaque soir, je grimpe au haut des frênes et en cueille des feuilles  pour ma vache » écrit-il  à Lantis Benos, critique littéraire,  en juillet 1951. A Fort National, le siège de la commune mixte, les conditions  matérielles s’améliorent quelque peu.  «  Il y a une école de filles, une école de garçons, un cours complémentaire pour les grands. Cela vaut la peine que je trime. Ma nombreuse couvée reste avec moi jusqu’au BEPC. Nous continuons de vivre de couscous, en tout cas très simplement. Même pour les vêtements çà va mieux ici : les gosses salissent moins et ne trouvent plus de haies  où déchirer leurs culottes » lettre aux Nouelle 29 octobre 1952.  Puis il est  rattrapé par la guerre et contraint de s’exiler vers la capitale  « pour,  dit–il,  tenter de sauver mes gosses ». Il s’y  sent comme déraciné. Féraoun n’est  pas dans son élément.  « Nous voilà ici, au milieu des Arabes des bidonvilles, perdus dans un monde ou nous ne pouvons nous adapter mais à l’abri des sollicitations impérieuses et contradictoires qui n’auraient pas manqué de mettre en péril mon irremplaçable existence! » Il a  la nostalgie de la Kabylie, de son village, de la famille qui y vit encore. Il est très inquiet de la situation de guerre qui y sévit. Mais il ne peut y retourner. Pour cette raison, mais aussi parce qu’il tient, en dépit de la situation,  à poursuivre la scolarité de ses enfants là ou c’est encore possible : Alger. Lorsque survient le moment d’un possible retour au village, il n’est plus, ravi par des balles assassines. 

 

 

 

Tizi-Hibel, le creuset  de son œuvre littéraire. 

 

Féraoun est  un travailleur exigeant. Il  mène de front avec succès les métiers d’instituteur, de directeur d’école et d’écrivain dans le contexte difficile des villages kabyles. Toute sa vie il est attentif à ses compatriotes. Il les regarde vivre et travailler, éprouver des joies et des peines, partir émigrer au loin en  métropole et  un jour revenir, subir les affres de la guerre et mener la résistance. Plongé au milieu des siens il entreprend l’écriture pour raconter  avec affection,  réalisme et un humour décapant leur mode de vie, leurs pratiques, leurs mœurs, leurs croyances, en un mot le vécu de la  communauté villageoise. Son œuvre est intimement liée à cette réalité. Il y  puise son inspiration et sa substance. Son premier roman, le Fils du pauvre a pour thème central Tizi-Hibel où  Féraoun  déroule l’histoire de sa propre vie. Ce roman a eu tôt fait de révéler un écrivain plein de talent et d’humanité. La Terre et le sang qui a suivi  est une chronique romancée inspirée de Madame, une française venue vers 1920 rejoindre son mari à Tizi-Hibel. Elle y  est restée toute sa vie. Ses autres œuvres, les Chemins qui montentJours de Kabyli

la mémoire

eJournal sont aussi ancrées dans la réalité villageoise kabyle.Feraoun veut faire connaître la société kabyle. C’est son ambition d’écrivain. C’est  sa façon à lui de défendre les siens, de  pousser un cri à la face du monde pour montrer le sort qui est le leur, les injustices dont ils sont victimes. C’est sa façon de légitimer avant l’heure le combat libérateur. «  Dans Les chemins  qui montent, écrit-il en mars 1956 à son éditeur, ce que j’ai voulu dépeindre ce n’est pas le roman d’amour de Dehbia et Amer, c’est le désarroi d’une génération à demi évoluée, prête à se fondre dans le monde moderne, une génération digne d’intérêt, qui mérite d’être sauvée et qui, selon les apparences, n’aura bientôt d’autre choix que de renoncer à elle-même ou de disparaître. »  Lorsque ce combat survient il en est un témoin engagé et clairvoyant qui a su consigner presque au fil des jours le  déroulement des événements pendant sept ans qu’a durés la guerre. L’œuvre de Féraoun a un  retentissement international. Son nom est une référence pour notre village Tizi-Hibel qui en tire une grande fierté.Féraoun repose à l’entrée du village. Sa tombe est régulièrement visitée. Chaque année, le comité de village se prépare à accueillir les visiteurs venus lui rendre hommage.Les gens de Tizi-Hibel animent une association ‘Mouloud Féraoun’. Elle  dispose d’un local et publie une brochure  destinée à faire connaître son œuvre aux nouvelles générations.Ces dernières années cette activité a été suspendue au village. Les animateurs de l’association sont partis, la plupart en France. L’activité s’est poursuivie au sein de l’association Tizi-hibel. Mais au village la relève s’organise et d’ores et déjà l’activité reprend sous l’impulsion d’une équipe motivée de jeunes résidents. 

 

 

 

Un témoin de son temps 

 

Toute sa vie durant, Féraoun se dépense sans compter pour promouvoir l’éducation et le savoir auprès des jeunes Algériens Il considère que c’est le moyen de leur affranchissement. C’est sa vocation et son métier.  « Ce métier, écrit-il encore à son éditeur en mars 1956, je le remplis bien et l’aime bien. J’ai pu accéder dans ma catégorie au sommet de l’échelle ; je bénéficie de l’estime de mes collègues et des chefs ainsi que de l’affection de nombreuses générations d’élèves. Dans ce domaine, mes efforts n’ont jamais été stériles ou vains. J’ai rarement connu l’échec car, en fin de compte, l’échec n’est rien d’autre qu’un défaut de volonté et la réussite rien d’autre que le prix du travail »    Ce métier d’instituteur et son activité d’homme de lettres  l’ont naturellement conduit à côtoyer la population européenne vivant en pays kabyle puis dans la capitale  et à entretenir des relations avec ses amis et ses correspondants à Alger et en Métropole. Feraoun se retrouve à la confluence 

de deux mondes, celui des «Algériens indigènes » et celui des Français, qui coexistent sans jamais se confondre. Cette position met à rude épreuve les solides convictions de l’homme, forgées à l’aune  des valeurs ancestrales de la société kabyle et des idéaux républicains d’égalité et de fraternité  qui lui furent dispensée à l’école normale de Bouzaréa. Témoin de l’injustice et des inégalités criantes imposées aux populations algériennes, conscient de sa propre situation « d’indigène »  en dépit de sa culture, de sa fonction et de son prestige littéraire, il nourrit une hostilité déclarée au système colonial. N’a-t-il pas exhorté ses amis français parmi les libéraux  à joindre leurs voix pour tenter de combler le fossé qui  sépare les Algériens ?  « Je crois  que pour toi est venu le moment de parler utilement de nous. Songes-y. C’est peut-être une bonne action à accomplir parce que ta voix ne passera pas inaperçue. »  écrit–il a Emmanuel Robles le 29 juin 1953. En dépit de tous les efforts, l’espérance d’un possible rapprochement entre les deux communautés reste vaine. Elle implique une remise en cause de l’ordre colonial. Le signal dans ce sens  est venu plus tard, des premiers attentats annonciateurs du combat libérateur. Féraoun  comprend le sens et la portée de l’évènement.  « Le pays se réveille aveuglé par la colère et plein de pressentiments ; une force confuse monte en lui doucement. Il en est tout effrayé encore mais bientôt il en aura pleine conscience. Alors il s’en servira et demandera des comptes à ceux qui ont prolongé son sommeil. » (Journal 9 décembre 1955). A Fort national où il est encore en poste, il suit l’évolution de la situation. L’insurrection progresse rapidement en Kabylie. Elle s’enracine au sein de la population. Des nouvelles lui parviennent de Tizi-Hibel et de Taourirt Moussa où les villageois ont été rassemblés par les maquisards. Ils ont expliqué le sens du combat engagé et appelé les villageois à s’impliquer et à soutenir la lutte. Dans le même temps l’armée ratisse   les villages, fouille les maisons, arrête des suspects. La guerre s’installe pour 8 ans, cruelle, inhumaine.A Fort national, la population européenne est très inquiète. L’insécurité règne. Avec elle, la méfiance, la suspicion. Les relations avec les Kabyles se tendent. Les camps se dessinent et chacun se trouve sommé de choisir. Les Français choisissent, les Kabyles aussi. Entre les deux communautés  la rupture est consommée. Féraoun explique : «  La vérité, c’est qu’il n’y a jamais eu mariage. Non. Les Français sont restés à l’écart. Dédaigneusement à l’écart. Les Français sont restés des étrangers. Ils croyaient que l’Algérie c’était eux. Maintenant que nous nous estimons assez forts ou que nous les croyons un peu faibles, nous leur disons : non messieurs, l’Algérie c’est nous. Vous êtes étrangers sur cette terre. Ce qu’il eût fallu pour s’aimer ? Se connaître d’abord, or nous ne nous connaissons pas….Un siècle durant, on s’est coudoyé sans curiosité, il ne reste plus qu’à récolter cette indifférence réfléchie qui est le contraire de l’amour. » C’est dans ce contexte qu’il entreprend la rédaction des notes qui ont été publiées dans Journal en  1962. Féraoun y relate avec force détails le  déroulement de la guerre en Grande Kabylie. Il  recueille des témoignages et consigne  ses réflexions.  L’ensemble constitue un témoignage précis dans lequel Feraoun livre, au fil du récit, une analyse lucide et clairvoyante des évènements et les causes du conflit.  Il dresse une critique radicale de l’ordre colonial bâti sur l’oppression et la soumission des Algériens. Il n’en attend  aucune concession. Les Français sont  accrochés à leurs privilèges. Ils ne veulent rien lâcher. Et lorsque la menace se précise, la réaction est immédiate, d’une violence extrême. L’armée est mobilisée. Elle est  massivement déployée en Kabylie avec les pleins pouvoirs pour étouffer la rébellion. Exécutions,  massacres collectifs,  viols, tortures et  bien d’autres  atrocités qui sont infligées  aux populations villageoises.  «  Voilà, c’est la guerre et c’est affreux. Mais il n’y a rien d’autre à dire. .. Rien à dire parce qu’un mort ne peut plus parler et qu’un vivant craint  de mourir s’il parle  tout en sachant fort bien qu’un jour ou l’autre il mourra à son tour puisqu’on est décidé à tous nous tuer  tant que nous persisterons à vouloir l’indépendance et que malheureusement cette idée  d’indépendance est devenue pour tous  la seule raison de vivreNous avons peut-être tort d’avoir laissé s’incruster en nous cette idée folle mais il n’est plus question de l’en arracher. Le cœur où elle a pris racine viendrait avec elle ; alors autant nous tuer tout de suite  » (journal Page 236  10 Juin 1957)   Féraoun  raconte les progrès de l’insurrection en Kabylie. C’est une renaissance pour les villageois. Le moyen de recouvrer leur dignité bafouée. Ils sont prêts à tout donner pour que prenne fin la nuit coloniale. Les maquisards sont des héros. L’adhésion est totale, inconditionnelle. La population est confiante. Elle soutient, héberge, nourrit et alimente en combattants les maquis. « Les hors-la-loi sont des nôtres. Ils se comportent en Kabyles et ont soin de ne pas nous blesser. Selon le cas, ils flattent notre fanatisme, notre orgueil, nos espoirs ou alors ils partagent nos idées, nos conceptions démocratiques de la société, nos sentiments humanitaires. Ils ont de tout parmi eux… Il y a un impératif  désiré par tous, un idéal à atteindre, être libre. » (Journal page 44  Novembre 1955)   Féraoun comprend cette euphorie. Il la partage intérieurement. Mais il est peu à peu tourmenté par l’évolution de la situation. Des échos qui lui parviennent des discours mystiques et religieux  que tiennent les maquisards pour expliquer leur combat. Il s’inquiète du  décalage entre ces discours et les aspirations bien concrètes  des villageois à la liberté, à la justice sociale, à la fin de l’oppression. Féraoun s’inquiète également de la  volonté d’imposer aux populations un ordre nouveau fait d’interdits pas toujours justifiés par les besoins de la lutte.  «  Les prétentions des rebelles sont exorbitantes, décevantes. Elles comportent des interdits de toutes sortes, uniquement des interdits, dictés par le fanatisme le plus obtus, le racisme le plus intransigeant, la poigne la plus autoritaire. En somme le vrai terrorisme… Et puis il faut recevoir selon notre plus hospitalière tradition nos braves visiteurs qui prennent des allures de héros  et d’apôtres tout comme les grands saints de l’Islam, d’illustre mémoire. » ( Journal p 58) En observateur averti Féraoun perçoit, au fur et à  mesure de l’intensification de la guerre,  un changement dans la nature des relations entre les éléments du FLN/ALN et la population. Il n’est plus question de se fondre dans la population comme un poisson dans l’eau, mais de la soumettre, de la contrôler et au moindre signe de la réprimer.   Les chefs locaux se transforment en potentats  s’arrogeant un  droit de vie et de mort sur les citoyens. Au règne de la confiance se substitue peu à peu le règne de la terreur. Alors, pour les citoyens, c’est enfer.  « Il n’est pas possible de pardonner leurs erreurs aux maquisards. Ni leurs injustices. Voilà cent ans que nous subissons tout cela, que nous pâtissons des erreurs et des injustices. Alors messieurs pourquoi vous battez-vous ? Si rien ne doit changer,  épargnez les vies tout au moins et laissez-nous  tranquilles. Que les soldats tuent des enfants, des femmes, des simples d’esprits, des innocents, ce n’est pas une nouveauté ni un scandale. Vous n’êtes pas des soldats français ou des gendarmes, vous. Ne vous croyez pas non plus des caids ou des administrateurs. Vous n’avez pas le droit. Et si vous le prenez ce droit, nous vous détesterons. Le jour ou le pays vous craindra ou vous détestera, vous ne serez plus rien » ( Journal page 93 Mars 1956) L’armée française  profite de cette déliquescence. Elle vide des villages, en occupe d’autres. Elle isole les populations pour mieux les contrôler. C’est souvent un soulagement pour des villageois excédés. Mais, sur le fond,  l’armée n’est pas dupe. La rupture avec les Kabyles est irréversible. Elle les surveille dans l’enclos des barbelés.Féraoun a conscience, pour le vivre, de l’engrenage infernal qui broie la population. Il voit bien que la dégradation de la situation sur le terrain de la lutte est le prolongement au niveau local, des dérives qui affectent le sommet du mouvement de libération, des conflits qui le traversent, des luttes de pouvoir entre ses dirigeants. N’a-t-il pas écrit en Janvier 1957, après avoir lu d’un bout à l’autre le numéro spécial du  Moudjahid ? « Il y a dans ces trente pages beaucoup de foi et de désintéressement mais aussi beaucoup de démagogie, de prétention, un peu de naïveté et d’inquIétude. Si c’est ça la crème du FLN, je ne me fais pas d’illusions, ils tireront les marrons du feu pour quelques gros bourgeois, quelques vieux politiciens tapis mystérieusement dans leur courageux mutisme et qui attendent l’heure de la curée. Pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’hier. »   (Journal  P187) 

 

Vision prémonitoire s’il en est, sauf que ce ne sont pas de gros bourgeois, mais une alliance de chefs civils et militaires « tapis courageusement » à l’ombre des frontières qui attendaient l’heure de la curée. 

Mohand Dehmous     

 

Source : Tizihibel.com

Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Mardi 15 mars 2 15 /03 /Mars 07:53

Né le 8 mars 1913 dans le village de Tizi-Hibel (ancienne commune mixte de Fort-National), son nom est Aït-Chabane, Feraoun étant le nom attribué par l'état-civil français. Il fréquente l'école de Tizi-Hibel à partir de l'âge de 7 ans.

 

En 1928, il est boursier à l'Ecole Primaire Supérieure de Tizi-Ouzou. Il entre à l'Ecole Normale de Bouzaréa en 1932 où il fait la connaissance d'Emmanuel Roblès. De retours en kabylie, il enseigna à Taourirt Aden ( Mekla) puis à Tizi Hibel . En 1946, il est muté à Taourirt-Moussa. En 1952, il est nommé directeur du Cours Complémentaire de Fort-National. En 1957, nommé directeur de l'Ecole Nador de Clos-Salembier, il quitte la Kabylie pour les hauteurs d'Alger.

En 1951, il est en correspondance avec Albert Camus, le 15 juillet, il termine La terre et le sang récompensé en 1953 par le prix populiste.

En 1960, il est Inspecteur des Centres Sociaux à Château-Royal près de Ben-Aknoun. Avec cinq de ses collègues, c'est là qu'il est assassiné par l'OAS le 15 mars 1962 à quatre jours du cessez-le-feu. Mouloud Feraoun a commencé son premier roman autobiographique Le fils du pauvre en 1939 ; il n'est publié qu'en 1950 à compte d'auteur. Ce n'est qu'en 1954 que Le Seuil le publie expurgé des 70 pages relatives à l'Ecole Normale de Bouzaréa.

Les éditions du Seuil publient, en 1957, Les chemins qui montent, la traduction des Poèmes de Si Mohand étant éditée par les Editions de Minuit en 1960. Son Journal, rédigé de 1955 à 1962 est remis au Seuil en février 1962 et ne sera publié qu'après sa mort.

 

ŒUVRES


- Le fils du pauvre (1950) roman
- La Terre et le sang (1953) roman
- Les Chemins qui montent (1957) roman
- Les Poèmes de Si Mohand (1960) recueil de poésie
- Journal (1962)
- Jours de Kabylie (1968)
- Lettres à ses amis (1969) correspondance
- L'Anniversaire (1972) roman inachevé
- L’Entraide dans la société kabyle étude ethnographique

- La cité des roses ( oeuvre, éditée à titre posthume )

 

 

ETUDES SUR MOULOUD FERAOUN


- Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0)
- Mouloud Feraoun, une voix en contrepoint , Christiane ACHOUR
Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Mercredi 1 décembre 3 01 /12 /Déc 13:43

mhamed-issiakhem.jpgIssiakhem M’hamed. Peintre. Né le 17 juin 1928 à Ait Djennad près d’Azeffoun en Grande Kabylie, il vivra son enfance et son adolescence à Relizane où se sont installés ses parents alors qu’il n’a que 3 ans. Le père, riche propriétaire de bains maures, notable de la ville et militant nationaliste est trésorier de la medersa de Relizane. Il reçoit chez  lui les uléma et aide à la construction de medersa. Le jeune M’hamed fréquente très tôt l’école coranique et baigne dans l’ambiance du mouvement nationaliste de l’époque. Il passe son certificat d’études primaires et montre déjà des dispositions pour le dessin puisqu’il reçoit un premier prix à l’age de treize ans, mais il ne songe pas à l’art outre mesure.
Le 27 juillet 1943 survient un drame qui va changer définitivement le cours de sa vie. En manipulant une grenade subtilisée dans un camp militaire américain. Il provoque une explosion qui tue une de ses jeunes sœurs et son neveu sur le coup … La seconde sœur est grièvement blessée. Lui-même perd son bras gauche, des orteils, une phalange et gardera des éclats dans la main et les yeux. Yasmine, sa jeune sœur, meurt peu après à l’hôpital. Il portera, toute sa vie, les traces indélébiles de cet accident …
Meurtri par ces tragiques évènement, il quittera le foyer familial en 1947, arrive à Alger où il s’inscrit à la Société des Beaux-Arts, suit des cours d’enluminure et de miniature ( il garde sa vie durant d’excellentes relations avec les peintres et miniaturistes Temmam, Hioun, Louail et Kerbouche) puis rejoint l’Ecole nationale des Beaux-Arts d’Alger où il sera l’élève de Mohamed Racim. Il se lie d’amitié avec Kateb Yacine en 1951.
Durant la même année, il expose ses premières œuvres à la galerie Morice (Paris). Il fréquentera l’Ecole des Beaux-Arts de Paris de 1955 à 1958 et se forme dans les ateliers des maîtres Legueult et Goerg. A Paris, il découvrira les intellectuels et les grands maîtres de la peinture. Il peint en 1957 la porterait de Djamila Bouhired pour dénoncer la pratique de la torture durant la guerre d’Algérie. Les toiles qu’il a réalisées à cette époque étaient un véritable hymne à la Révolution algérienne et un témoignage poignant sur les atrocités commises par les soldats de l’occupation, comme le souligne son ami d’enfance Yacine Damerdji. Il expose en 1959 à la galerie Daulshag à Leipzig en République démocratique  allemande où il réside, et à Paris en 1966.  
Pensionnaire de la Casa Velasquez en 1962, il rentre à Alger avec Kateb Yacine et collabore jusqu’en 1964 au journal Alger-Républicain. Membre fondateur de l’Union nationale des arts plastiques (UNAP), il rejoint l’Ecole nationale des Beaux Arts d’Alger où il devient enseignant en 1964. Il est nommé, en 1966, directeur à l’Ecole des Beaux-Arts d’Oran. En 1969, il obtient au Festival panafricain d’Alger le premier prix pour son œuvre A la mémoire de …  En 1971, il est professeur d’art graphique à l’Ecole polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’Alger. Il séjournera en 1972 à Moscou et en 1977 au Vietnam.    
Membre du Groupe des 35, Issiakhem participe à de nombreuses expositions en Algérie et à travers le monde (Tunis, Paris, Sofia, Moscou, Avignon … ). Il s’est occupé également de création de timbres-poste et de billets de banque et participe à la réalisation des fresques du musée central de l’Armée. Il réalise l’illustration du roman Nedjma de  Kateb Yacine en 1967, et assure les décors des films La voie de Mohamed Slim Ryad et Novembre  de Damerdji en 1968 et 1971.
Il reçoit de nombreuses distinctions dont le prix de la Casa Velasquez en 1958, la médaille d’or à la Foire internationale d’Alger en 1973, la première Simba d’or de la peinture décernée par l’UNESCO en 1980 à Rome, la médaille du Vatican en 1982 et la médaille de Dimitro à Sofia en 1983. Il épouse, en 1971, Nadia Chelliout. Deux garçons, Younès et M’hamed, naîtront de cette union.
Il meurt à Alger dans la nuit du 1er décembre 1985 des suites d’une longue maladie.
Plusieurs expositions se sont tenues en hommage à cet illustre artiste et la ville de Relizane lui a rendu hommage en présence d’un grand nombre d’artistes et de sa veuve. Il recevra le 5 juillet 1987, à titre posthume, la médaille du mérite national.
Ses œuvres sont conservées au musée national des Beaux-Arts d’Alger, au musée Zabana d’Oran, à la Présidence de la République et la plus grande partie dans des collections privées. Seulement 500 œuvres sont répertoriées à ce jour.
Issiakhem a sans nul doute laissé une œuvre considérable et variée qui demeure un legs inestimable pour le patrimoine culturel national. Il a durant sa carrière exercé sur de nombreux registres : élève du grand maître Racim, il maîtrisait l’art de la miniature. On lui doit également de nombreuses œuvres graphiques, quelques paysages et des compositions dans l’art abstrait. Mais c’est incontestablement dans l’art du portrait, notamment féminin que le peintre s’est le plus distingué. Quelques jours avant sa mort, le peintre confie à un journaliste algérien qu’il a commencé en peignant le portrait de Djamila Bouhired arrêté à Alger, condamnée à mort et torturée … «  Depuis, dira-t-il, je peins toujours Djamila. » Le portrait servira de document au FLN pour dénoncer la pratique de la torture durant la guerre d’Algérie …    
La femme restera sa principale source d’inspiration. « Femmes-symboles, mais non icônes », dira Anissa Bouayad dans l’Art et l’Algérie insurgée. Ce qui l’on retiendra des multiples portraits qu’il réalisera, c’est que Issiakhem, ce peintre « iconoclaste et irrévérencieux », tel que le définit son ami l’écrivain Benamar Mediene va défier les conventions artistiques et les règles de l’esthétisme classique …. L’observation d’anciennes gravures, comme cette Rue de la Casbah datant de 1949, laisse entrevoir une maîtrise parfaite des règles techniques de la perspective et un sens aigu de la précision … Pourtant les personnages d’Issiakhem semblent appartenir à un univers fantasmatique et irréel de tourmente et d’angoisse. Visages familiers ou ombres anonymes, jeunes personnes ou créatures plus âgées, les femmes d’Issiakhem semblent asexuées, dépourvues d’artifices et de galbes suggestifs et ne développent aucune esthétique sensuelle particulière … Elles paraissent même avoir perdu le moule de la bienséance figée … Elles sont saisies dans leur vérité profonde, dans leur cruelle réalité telle que la stigmatise le peintre … Leurs traits sont alors volontairement déformés, leurs défauts violemment exacerbés … Tordus de douleur, en transes ou éperdus de sérénité, elles sont touchantes dans leur sincérité gauche et profonde               «  Quand je peins je souffre, j’ai mal … », dira le peintre.      
Il ira au-delà des apparences pour explorer l’intériorité de l’âme …
L’ « œil de lynx », comme l’appelle son ami le poète Kateb Yacine pour sa brûlante perspicacité, ira du simple visu vers l’au-delà de la conscience des choses. « Je peins, dira-t-il, à partir de mon lien de mon histoire pour aller plus loin dans le temps et  l’espace … Mes personnages algériens n’ont pas déliré ! …»  
Indubitablement, c’est dans son histoire tragique qu’il va puiser la sève nécessaire à sa verve créatrice : les deuils multiples provoquées par l’horrible déflagration, la douloureuse perte de ses proches, la privation de son bras qui le hantera très longtemps et la frustration de l’amour maternel.
Peintre à l’expressionnisme abstrait, fervent admirateur  de Soutine, Issiakhem donne la pleine mesure de son talent dans cette huile sur toile réalisée en 1962-1963, La veuve, et dont Lucien Golvin dira : « La veuve d’Issiakhem est si émouvante et si vivante qu’on y retrouve un écho vécu … », car ce n’est pas l’icône de la veuve éplorée, abîmée dans sa douleur et son deuil que nous oppose le peintre … C’est une représentation d’un réalisme cinglant qui le fera aller au bout des choses et fera dire à l’écrivain Benamar Mediene : « Ce n’est pas une attitude de malheur matrimonial qui est sujet mais l’oubli … la digne rigidité du corps évoque oblitération et sutures sensuelles. C’est un corps impensé, soustrait à lui-même et qui subit par cette intégrale négation, une violence d’anéantissement » … On remarque que la femme tient à ses côtés un enfant aux traits durement burinés d’adulte. Il se serre en bouclier (ou en étendard ? ) tout contre sa mère, et semble porter tout  le poids de la tragédie de l’histoire : Lucien Golvin, saluant encore une fois ce chef-d’œuvre, ajoutera : « Issiakhem, par la grandeur simple de sa verve, justement parce qu’il n’a pas recherché l’effet, parce qu’il n’a pas torturé son talent, a trouvé la note juste … ».
Tout au long de sa carrière, le peintre, rompu aux débats d’école et aux techniques les plus modernes de l’art contemporain, a tenté de percer le mystère des êtres et d’aller aux tréfonds de l’âme humaine en peignant avec cet art nu, dénué de fioritures, projetant en amalgames compacts sur sa toile, les vibrations de sa charge émotionnelle intacte, puisant dans la profondeur de sa conscience et avec son inénarrable talent la force de sa douleur, car, comme l’affirme Anissa Bouayad, analysant l’impact de la guerre d’Algérie dans l’œuvre l’Issiakhem, on y retrouve « ce catapultage de l’histoire et du drame personnel, de l’imaginaire du peintre et d’une conscience collective dont ces figures de proue incarnent à la fois la souffrance et la résistance ».   
Privilégiant l’abstraction, il a néanmoins préconisé la représentation de la figure humaine, essentielle pensait-il à la perception de l’art pour un public en majorité non initié. Ses compositions tenteront la subtile réunion des trois éléments : végétal, minéral et animal et iront au fil du temps vers un style de plus en plus dépouillé.
Djamila FLICI-GUENDIL
( in DIWAN AL-FEN, Dictionnaire des Peintres, Sculpteurs et Designers Algériens,  ENAG/ANEP 2007)

 

 

Témoignages récents et interessants de quelques amis :
 

 

SLIM : Je me souviens encore…

M'hamed Issiakhem m'a toujours intrigué. Je l'ai souvent rencontré via des amis qui le connaissaient bien, fin des années 1970 à Alger. M'hamed me faisait penser immédiatement au look des peintres de la période des années vingt à Paris. Il ne parlait pratiquement jamais de peinture. Il préférait, je pense, que son travail soit d'abord admiré et que la jonction entre l'œuvre et celui qui la contemple soit faite. J'ai vu beaucoup de ses tableaux chez des amis communs qui les gardent précieusement dans leur salon. Ils lui avaient fait la promesse de les lui restituer en cas de rétrospective, mais ça devait être des promesses de Gascons !

Sa peinture met mal à l'aise tant elle raconte les souffrances de ses personnages et leur univers chaotique. J'ai beaucoup apprécié certaines de ses huiles qui étaient chez Néfissa, une de ses plus grandes amies à Tunis et à Rabat. J'ai pu mesurer l'ampleur de l'artiste et son travail complexe. M'hamed me respectait beaucoup, mais moi, il m'intimidait. Surtout à cause de son infirmité qui me faisait penser à Vincent Van Gogh, je ne sais pas pourquoi. Je l'ai côtoyé aussi un moment à Paris en 1972 avec Kateb Yacine qui faisait sa tournée avec la pièce Mohamed prends ta valise et avec lequel j'avais un projet de BD, resté à l'état de vœu pieux. Je me souviens encore de ce petit restaurant kabyle où nous passions beaucoup de temps à refaire le monde. J'entends encore le rire d’Issiakhem et ses empoignades amicales avec son ami Kateb...

Puis vint la période du journal La République avec Bachir Rezzoug, en 1973, à Oran. Là aussi, je le rencontrais au hasard de ses entrevues avec notre directeur qui l'appréciait. Il avait même SA rubrique spéciale dans le quotidien révolutionnaire d'Oran. Je m'en veux de ne pas avoir brusqué cette timidité qui m'a empêché de le connaître davantage, d'échanger avec lui, le grand Issiakhem. Ah ! Si tous les heureux dépositaires de ses toiles daignaient au moins les laisser photographier pour les répertorier ! Toutes ses œuvres innombrables, disséminées de part et d'autre de la Méditerranée, seraient alors connues pour que notre mémoire se souvienne de l'œuvre grandiose de M'hamed !

-Djahida Houadef : Eclat maternel

Issiakhem a vraiment le pouvoir de manipuler la lumière, un genre de pouvoir divin qui n’a été donné qu’à lui. Lorsque j’ai rencontré son œuvre dans les années quatre-vingts, j’ai cru la voir naître des côtes de nos mères. Une douleur aiguë, sans aucun cri ni écho. Une délivrance incertaine avec une expression floue et vague qui essaye de sortir de sa craintive chrysalide. Des corps difficiles à cerner compulsent la stabilité de l’horizon. Une présence abattue par un poids invisible exprime ce besoin de quelque chose. Des regards coléreux et vagues perdus dans l’interminable doute.

Les traces d’un chaos ou d’une guerre pesante étaient bien présentes. Des plaies en multiples craquelures devaient être restituées, même s’il le faut avec un seul bras. En coups de brosses ou en estampes de couteaux, cette force intérieure devait bien réagir pour son existence. Avec une concertation étroite par une affectivité partagée, une tendresse héritée et un amour nourri, les ailes de la liberté se sont rétablies et nos mères ont refondu au cœur de l’œuvre d’Issiakhem une Nedjma au goût de notre amour, l’Algérie…                                                    

-Nour-Eddine Saoudi : Souffrances et chuchotements

Issiakhem, M’hamed. Aurait-il pu s’appeler autrement ? Je ne peux imaginer un autre patronyme que celui qui le consacre aujourd’hui, que celui qui le révèle à son environnement naturel, son Algérie, à nous tous, mais à lui d’abord. Son nom est désormais et inéluctablement lié à son œuvre. Violenté, il s’est fait violence. Meurtri dans sa chair et dans son sang, il tentera désespérément de s’absoudre de la cruelle culpabilité qui le ronge, qui le précède dans sa fuite pour mieux s’emparer de son âme tourmentée.

Elle libérera son génie créateur. Voilé, éthérique, son ouvrage d’orfèvre nous le révèle enfin. Explosion de violence qu’il voudrait partager, mais parce qu’elle est pudeur, elle est tue. Souffrances de l’homme, souffrances d’une terre prodigue, souvent trahie, à laquelle il appartient. Ses meurtrissures sont susurrées, chuchotées à l’aimé, car lui seul peut comprendre la mesure des allusions et des douleurs contenus dans ses toiles. Nous sommes ces êtres aimés… Du moins, nous l’espérons.
N-E.S. Musicien. Géologue et préhistorien.

-Mohamed Balhi : Ces silhouettes qui me hantaient

A mes débuts à Algérie-Actualité, en 1980, j’avais été hanté longtemps par deux peintres aux styles opposés. La nuit, Issiakhem, et le jour, Ziani. Il se trouve que j’étais alors généreusement hébergé par le réalisateur Hassan Bouabdallah, dont l’admirable épouse, Malika, était directrice du Musée national des beaux-arts. Ce couple d’artistes avait lui-même été dépanné par un ami qui leur avait prêté son bel appartement, non loin de la place Addis Abeba et du restaurant Carthage. Je dormais dans le salon, avec, comme décor, des œuvres authentiques de M’hamed Issiakhem, dont l’une rehaussée d’un texte de Kateb Yacine.

Je pouvais à tout instant contempler ces silhouettes tourmentées, badigeonnées d’ocre et de bleu. Chaque matin, je passais par le souterrain des facs et je m’attardais sur les tableaux hyperréalistes exposés dans la boutique de Ziani.
C’était, avant le croissant et le café crème, mon choc émotionnel. Un jour, alors que j’avouais ma préférence pour le style Ziani, j’eus l’impression d’avoir commis un sacrilège.

Hassan m’engueula : «Quoi ! Tu n’aimes pas Issiakhem ? Ziani, ce n’est que la maîtrise de la technique pure !» «Chez Ziani, dis-je, on voit vraiment les veines de la main crispée, comme si l’on assistait à un cours d’anatomie (merci Rembrandt !)» Issiakhem me renvoyait-il l’image d’une Algérie déstructurée, d’une société désarticulée, dont je voulais effacer les traces ? Comment me défaire de ces silhouettes qui m’empêchaient parfois de dormir, alors que j’avais toute la baie d’Alger en vue et ses scintillements la nuit ? Ces silhouettes difformes, je pouvais les toucher...  

En fin de compte, c’est Issiakhem qui triompha dans mon subconscient.  Car il est là à chaque fois que je vois un artisan pétrir de la glaise, à chaque fois que je croise, au détour d’une ruelle, une femme d’un certain âge. Quelqu’un a dit : «N'oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu'à celles-là nous y obéissons sans le savoir». C’est de Vincent Van Gogh, un autre écorché.

-Nouredine Ferroukhi : Son art n’est pas mort

Mettre en vis-à-vis la vie et l’œuvre d’Issiakhem est une tentation que l’artiste à alimentée et en même temps rendu vaine. S’il a toujours affirmé que sa peinture porte un témoignage permanent de sa vie, c’est qu’elle n’est pas seulement un reflet plastique, mais l’écho d’un vécu. Ainsi, l’œuvre relève aussi bien de l’attitude de l’artiste et de son engagement que de l’origine culturelle de son art. Comme il le disait si bien, «un pays sans artistes est un pays mort». Cela veut dire aussi que la culture rentre dans l’œuvre sous toutes sortes d’aspects. Voilà pourquoi l’œuvre se construit, par conquêtes et par à-coups, crises, ruptures et remises en cause majeures, mais non sans tourments, avec un acharnement et des reprises qui la font échapper à la linéarité de la chronologie.

Le questionnement sur l’existence remonte à loin et continue à se poursuivre. La difficulté d’être dans ce monde correspond, dans l’art, à la crise de la représentation que l’artiste Issiakhem a voulu démontrer à travers son propre style. Il abandonne toute référence anecdotique à la vie, à seule fin d’en extraire plus clairement le motif dont il a le plus besoin pour donner corps à sa vision. Issiakhem a l’art de toujours tisser des liens forts entre son travail et ses expériences personnelles. (…) Comme tout créateur véritable,
Issiakhem est conscient que lorsqu’il peint, tout comme il peindrait un portrait, il ne cherche pas la ressemblance, qui lui importe moins que la vérité. S’il s’interroge sur lui-même, c’est à partir des moyens qui sont les siens.

Sous le nom de M’hamed Issiakhem, les mots peuvent-ils remplacer l’émotion provoquée par un tableau, par un dessin ou une eau forte ou la déclencher mieux que le regard ? Ce regard d’Issiakhem que son ami, Kateb Yacine, surnommait «Œil de lynx».

-Liazid Khodja : Le happening permanent

L’Algérie des années soixante-dix a vécu un bouillonnement culturel dont on n’a pas fini de faire l’inventaire. Les écrivains, tant francophones qu’arabophones, bousculaient la frilosité de leurs aînés. Les cinéastes, autour de la Cinémathèque, emportés par la fièvre des temps nouveaux, se reconnaissaient dans Omar Gatlato. Les peintres, partagés entre rupture radicale et réappropriation critique de l’héritage pictural ancien, cherchaient des réponses à leurs rêves…

C’était l’époque de la chanson A vava inouva. C’était aussi Alger, ville ouverte, avec ses terrasses et cette ivresse d’exister, Alger où l’on croisait ce couple magique du peintre et du poète : M’hamed Issiakhem et Kateb Yacine. Familiarité, proximité, complicité, on s’enivrait au vrai sens du terme de ces rencontres dont, avec l’accoutumance, on attendait le moment des retrouvailles. Issiakhem comme Kateb Yacine nous fascinaient par ce permanent happening, marqué par une douloureuse quête identitaire. L’un comme l’autre, l’un et l’autre, ont donné tant à la peinture qu’à la littérature, leur dimension tragique, celle de la plus haute exigence.

Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Vendredi 26 novembre 5 26 /11 /Nov 14:15

On aperçoit chez Rabia Djelti un rythme interne, fondé sur la reprise d’un mot, d’une cadence et ce procédé tend parfois au maniérisme. Une architecture experte soutient tel un équilibre fragile entre la beauté fugace et la sensibilité féminine qui l’accueille :

« Tous les feux sont entre vos mains
Et entre les deux sourcils une cicatrice
Alors que moi je jette des roses entre mes paumes
Et que ma langue est un chant profond
Ne soyez pas impatients …
Si vous tirez vos braises dans ma direction
Que faire alors lorsqu’arrive le printemps
Et lorsque la tempête des fleurs bombarde
Votre désert. »

Quand on lit ce poème, on découvre que la brièveté (du poème aussi bien que du vers) est l’effet d’un art poussé à peine en-deçà du précieux. Chez elle, un don verbal riche, exubérant parfois, n’est point endigué par l’anti-rhétorique qu’elle pratique. Elle traite les mots comme une matière plastique, comme des signes dont la contrepartie visuelle est immédiate :

« Près de la porte du jour dort la nuit
Tel un chien fidèle
Le jour dort près de la porte de la nuit
Tel un chien fidèle
Mais alors
Où donc se réveille le temps !? »

Comme dans cette Sonate (le titre est de l’auteur), Rabia Djelti a mis beaucoup d’images dans ses poèmes. Elle a visiblement beaucoup lu et tenté maintes expériences. Dans d’autres poèmes, Rabia Djelti épouse les sinuosités du mouvement, le courant de l’eau, du vent poussant les nuages, mais aussi celui de la conscience qui les perçoit :

« Pluie ferrailleuse
Où est-ce plutôt, un taureau vandale qui a rompu ses liens
Qui éplucha la braise de nos corps
Et plongea son orage et ses éclairs dans la mer
Notre sang au-dessus du soleil qui le regarde
Quand les soupirs deviennent ses brasiers
Ses éteignoirs
Ses cendriers. »

Témoignant de recherches inlassables dans des styles différents, la poésie de Rabia Djelti conserve souvent une saveur très algérienne et nullement esthète. Au jaillissement lyrique est substituée une démarche intellectuelle, progressant sur plusieurs plans imbriqués dans un système de références et d’allusions érudites du profond pays.

« Parce que nous sommes de la race des chevaux antiques
Nos hommes ne sont pas des tarets,
Et nos femmes
Ont la patience du palmier grandiose et glorieux
Ne sois pas donc triste, mon enfant
Il y a encore l’envie du monde, à l’horizon
Il y a encore des maisons dans l’entassement des roses
Et Yacine qui étrille sa ‘’Nedjma’’. »

Ainsi, la poésie cesse d’être chant pour devenir jeu de l’esprit ou des sensations. Enfin Rabia Djelti est une poétesse aux merveilleuses « irisations » impressionnistes, fixées en images claires, nettes, un peu graciles parfois, dont il serait injuste cependant de dire qu’elles n’ont pas de retentissement humain.

Tous les extraits de poèmes sont tirés du recueil , Qui est-ce dans le miroir ?
Traduit de l’arabe par Rachid Boudjedra. Editions Dar El Gharb, Oran, 2003.

 

Article de : Djilali Khellas ( El Watan )

Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Mercredi 27 octobre 3 27 /10 /Oct 09:50

akli-tadjer.jpgAkli Tadjer, cet auteur franco-algérien, né en 1954 à Paris et dont la première œuvre date de 1984, s’est  formé tout seul et ce n’est point une faiblesse ni sa seule originalité. Il végéta longtemps à écrire des chansonnettes pour de sombres petits groupes de rock blasés par l’insuccès. Un jour, un bon jour, sa bonne étoile vint quand même à briller sous la forme de la silhouette d’un de ses amis, un certain André Robinson qui lui a fait lire Céline. Et voilà notre petit Akli transformé. Oubliant ses lectures d’enfant : Blek le Rock, Zembla, Akim et autres Kiwi, Tex Willer…, ou encore celles faciles mais pauvres qui le firent haleter un peu plus tard, il s’empiffra goulûment de bonne littérature.
Ainsi, naquit l’envie d’écrire.

Au début des années 1980, il laissa un responsable littéraire du journal Le Monde ahuri en forçant sa porte pour tenter de lui faire lire un manuscrit ; c’est que notre apprenti écrivain n’a pas froid aux yeux, pas plus qu’il n’est souvent fâché avec la modestie. Le passage par l’école de journalisme de la rue du Louvre améliore ses compétences. En 1984, le petit autodidacte, croyant dur comme fer qu’il était, telle une parturiente, en plein travail, gros d’un bon écrivain, il s’accrocha comme un morpion à sa plume. Et pour un coup d’essai, ce fut un bon coup qui apporta plus que du plaisir, de la jouissance. Ce premier titre : Les ANI du Tassili ou Le passager du Tassili, écrit après un voyage dans l’extrême sud de l’Algérie, sera porté illico presto à l’écran une année plus tard après avoir été (déjà) distingué du prix Georges Brassens.

Le succès à la télévision donne de bien longues dents à Tadjer qui se met dans la tête qu’il peut croquer aussi du scénario. Et ça marche ! L’audacieux enfant de Gentilly, admirateur de Clint Eastwood, va travailler - que l’on se tienne bien - sur le fameux Commissaire Maigret, ce qui lui donne de l’assurance. Il s’y plaît et il y reste.

Le cabochard qu’il a été à l’orée des années 1980 oublie pourtant la littérature. L’infidélité durera trois bons lustres. Il revient à ses premières amours en 2000 avec Courage et patience, édité par J.C Lattès. En 2002, voilà Le porteur de cartable qui accroche les gens de la télévision. Une adaptation le porte à l’écran et l’Education nationale l’adopte dans ses programmes des collèges et lycées.
«Un livre, un bon livre, quoi de mieux pour ne pas rêver idiot», disait-il, il y a un peu plus d’une année dans les colonnes d’El Watan. Alors, la frénésie d’écriture revient et, cette fois-ci, les titres s’enchaînent avec régularité.

En 2005, il pond Alfonse, toujours chez Lattès.
En 2006, il obtient le prix Populiste avec Bel-Avenir publié par Flammarion. En 2008, c’est franchement le succès avec Il était une fois peut-être pas et c’est encore J.C Lattès qui le met sur le marché. Il revient chez Flammarion en 2009 avec Western. Voilà le bel itinéraire d’un enfant de la banlieue, qui a poussé comme une mauvaise herbe avec les bandes dans les HLM, lisant Blek le Roc et faisant pétarader la moto qui se retrouve auteur et auteur bien apprécié. Cette reconnaissance aussi paradoxale que cela puisse paraître, il la doit aussi à cette période qui a imprimé en lui le sens de la répartie, l’envie de vivre à vive allure, le style imagé et la magie de la phrase bien tournée.

 

Article publié par El Watan


Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Dimanche 17 octobre 7 17 /10 /Oct 21:51

Zineb Laouedj, née en Algérie, est chercheuse de formation bilingue : français et arabe. Professeur de littérature arabe à l'Université d'Alger et à l'Université de Paris VIII, elle dirige la revue Cahiers de femmes, la collection Empreintes, et a édité plusieurs receuils de poésie ; elle a également traduit trois romans de Waciny Lârej.

 

 

Bibliographie :

 

1- Qui de nous déteste le soleil ? (Poésie) - Éditions Union des écrivains arabes, Damas, 1979

2- Enfance perdue (Poésie) - Éditions Ministére de la Culture, Damas, 1981

3- La nouvelle poésie algérienne (Essai) - Éditions Dar el Hadatha, Beyrouth, 1985

4- Nouara la folle (Poésie) - Editions Espace Libre, Alger, 2002

5- La danseuse du temple (Poésie) - Editions Espace Libre, Alger, 2002

 

   

 

Pour mieux saisir la plus-value de l'oeuvre de Zineb Laouedj dans l'oeuvre poètique Arabe en général,  et Algérienne en particulier, nous reproduisons ici un article fort interessant de Waciny Laredj sur le sujet :

 

Zineb, tout comme les poètes de sa génération, s'est forgé un nom et une expérience dans le fracas des batailles littéraires des années 1970 autour de la poésie libre.

Le souffle du renouveau de liberté, animé par les deux pionniers de la poésie arabe libre, Badr Chaker Assayab et Nazek el Malaïka, a été perçu dans le monde arabe comme un événement de taille, qui a bouleversé les certitudes littéraires de l'époque ; il a fait couler beaucoup d'encre à partir de la deuxième moitié des années 1940.

Certains critiques, fixés sur un modèle anté-islamique en plein essoufflement, sont même allés jusqu'à considérer ce mouvement, comme un danger pour la langue, le religieux et surtout pour la littérature arabe et son histoire ancestrale. L'avènement de la poésie libre ne deviendra une réalité littéraire et sociologique en Algérie qu'à la fin des années 1970, avec un retard accumulé de trente années et avec beaucoup de casse à cause des thèmes audacieux, abordés par cette génération des années 1970, tels : l'amour, le corps, l'exil, la déception, la trahison des ancêtres, le politique, la bureaucratie... Beaucoup de textes ont été la cible choisie d'une censure absurde et en plein déconfiture, fébrile à tout souffle de liberté.

Ce fut le cas, par exemple, de Rezzagui qui a vu interdire son recueil Peines d'un citoyen nommé Abdelali et du poème de Omar Azraj Parti unique, véritable pamphlet contre un FLN qui a fini par devenir un système et une pratique. Oh Parti unique, secoue toi, démultiplie-toi ou laisse-toi mourir. Zineb a pris part à cette bataille d'envergure. Depuis la sortie de son premier recueil publié en 1979 à Damas Soleil des désamours puis à Alger, elle a su tracer les contours de son territoire poétique : une parole libre pour un idéal à réinventer constamment. Elle s'est investie entièrement dans la poésie.

Dans le cadre académique, elle réalisa un grand travail sur la " poésie des année 70 dans l'espace maghrébin ", thèse de doctorat d'État qu'elle a soutenu en 1989 ; enseigna ensuite à la faculté centrale d'Alger et à Paris VIIIe comme professeur de la poésie arabe moderne ; invitée ensuite, en 1999, par le centre de recherche : The Getty Center de Los Angeles, aux USA, pendant plus d'une année. Une approche universitaire qui lui donna un regard riche et partagé entre les exigences critiques et les libertés indissociables de l'artiste. Avec Les Chants de la dernière colombe, premier recueil qui englobe un choix de l'ensemble de son travail poétique, une anthologie personnelle, traduite en langue française, Zineb nous fait découvrir d'autres territoires, chers à la poésie où seuls l'imaginaire et le souffle de liberté ont droit de cité.

Les Chants de la dernière colombe est le fruit d'une très belle rencontre entre Zineb, poétesse de langue arabe et Cécile Oumhani, poétesse française de premier rang, en 2003, dans le cadre d'un atelier d'écriture et de traduction, en France : Le Poète et son double. La finalité de cette rencontre a été la traduction de ce recueil, sorti fraîchement aux éditions Espace Libre. L'effort de donner au poème de Zineb toute sa fluidité et son élégance est à saluer grâce à la touche magique de Cécile mais aussi celle de Zineb, parfaite bilingue, qui ont mis tout leur raffinement et leur délicatesse au profit d'une belle traduction qui préserve toute la teneur et l'authenticité du texte arabe.

Avec les Chants de la dernière colombe, Zineb boucle toute une période d'écriture, dans sa vie littéraire, qui s'étale sur plus d'un quart de siècle. Soleil des désamours (1979) et Enfance apprivoisée (1981) ne sont qu'une esquisse d'une expérience qui a vu sa véritable ascension et son apogée à la moitié des années 1990, où la poésie est devenue synonyme de mort et d'incertitudes : écrire=mourir. Devant le diktat de la mort engendrée par le fascisme intégriste montant avec toute sa machine à tuer, Zineb choisit la voie la plus rude, celle de dire la vie tout court, de défendre le droit d'une pensée libre, dans une poésie populaire plus accessible à un public avide d'écouter une voix autre que la voix crasseuse des politiques et prêches incendiaires.

Ceux, dont la mémoire n'est pas courte, se rappellent bien, durant ces années de plomb, ses poèmes intégrés dans ce recueil dits devant un public populaire très large, acquis à la quête amoureuse et humaine du poète : Le Palmier, Nouara la folle, Ben-Slimane... Des images qui se réinventent constamment et des mots qui vibrent à l'écoute de ce mal si profond dont seul le poète peut aller au-delà du visible et faire de l'ordinaire un atout poétique. Deux registres linguistiques fonctionnent simultanément dans Les Chants de la dernière colombe et dont la traduction réussie a pu rendre visible la langue arabe savante avec tout son potentiel esthétique et sa mémoire poétique si variée et si riche et la langue arabe populaire, imprégnée d'un terroir qui a toujours manqué à la littérature algérienne de langue arabe au nom d'une stratification décidée politiquement, plus qu'émanant d'un choix raisonné et bien étudié.
 
La dernière participation de Zineb, il y a une semaine, au Printemps des poètes à Paris, dans une lecture croisée arabo-française, donne un avant-goût des nouveaux territoires humanistes et universels, acquis par la poétesse, pour s'installer enfin dans les vibrations sourdes de notre siècle qui trébuche sur des faux départs, des guerres et des grandes injustices :

Sans grands éclats, notre temps s'éteint, Lame fondant dans le miroir des guerres,
Et le mirage des cauchemars.
Cendre ocre, sang impatient et transparence aveugle,
Doigt accusateur, tranché par l'oubli,
Combien faut-il de temps, pour l'homme de ce siècle,
Avant de traverser l'aveuglement de la pierre,
Et voyager sur les ailes d'un papillon,
Vers la voie des lumières et du parfum des aurores ?
Combien faut-il pour que cette pierre comprenne
Qu'elle n'est que poussière et amas de sable brûlé ?

C'est dans le miroir magique de ces mots transparents que Zineb nous invite à toucher le rayon de soleil et à voyager sur les ailes d'un papillon et d'ôter à l'ombre des guerres, l'ultime étincelle de la vie. Cette dimension universelle ouvre la poésie de Zineb sur d'autres horizons qui restent encore inexploités par notre littérature de langue arabe. Les chants de la dernière colombe délivre les mots de tous les interdits imposés et les fausses certitudes. Pour la poétesse " les mots sont avant tout des êtres fragiles qui vibrent au toucher des choses de la vie et au doux bruissements des rêves. Ils n'ont pas l'assurance de la pierre, mais plus solides que le temps et les tirants ". .



Waciny Laaredj

Par Moussa Tertag - Publié dans : Portrait
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Hommage à nos Femmes-Ecrivains

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Mayssa Bey

taos amrouche

Margueritte Taos Amrouche

Assia Djebbar

Fadhma Ath Mansour Amrouche

Nina Bouraoui

Leïla Sebbar

Malika Mokkadem

Fatima Bakhaï

 

Leïla Aslaoui

Zineb Laâouedj

Katia Hacène

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Latifa Ben Mansour

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Samira Negrouche

Samira Negrouche

 
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